2012

La diffusion de la musique
à l’heure du WEB 2.0

Beaussant Françoise / Guibert Audrey

Sciences PO Bordeaux

Résumé

La dématérialisation est un fait majeur de l’industrie musicale. Aujourd’hui, plateformes musicales et réseaux sociaux permettent une réappropriation par le public, avec en toile de fond des problématiques juridiques et économiques complexes.

Préface

Pour 99% des musiciens, la crise du disque et la déstabilisation de l’industrie de la musique est un leurre. Pour ce même 99%, la démocratisation de la musique et les multiples options offertes par le Web sont sources de pouvoir pour les artistes. Il est important de se rappeler que l’industrie de la musique existe depuis une cinquantaine d’années et qu’avant celle-ci, le créateur créait dans le but de partager une émotion, une idée et non pas dans l’optique de devenir millionnaire ou populaire. La culture pop est en chute libre, et nous retournons aujourd’hui à cet état d’esprit. Nous possédons par contre un outil que les artistes du vingtième siècle ne possédaient pas : la technologie du vingt-et-unième siècle.

La technologie donne le pouvoir à l’individu. Pour le musicien, elle permet de s’équiper, de produire à des coûts minimes, de promouvoir ses créations, de distribuer et de vendre. L’artiste indépendant est en position de contrôle contrairement à celui qui est employé par une maison de disque dont le travail consiste à produire le hit de l’heure, sans quoi il serait licencié. Vous avez donc décidé, de votre propre gré, de vous lancer dans un océan de musiciens et d’être plus original. Car seul les plus créatifs, les plus attentionnés et les plus originaux réussiront à se démarquer. Vous avez le pouvoir et les outils entre vos mains. La création reprend tranquillement la place que les dollars lui avaient volée et c’est magnifique.

Marc-André Laporte
Créateur du site Donnetamusique.com
Directeur marketing chez CISM
Radio étudiante de l’université de Montréal

Introduction

« Musique, partage sont deux mots qui vont très bien ensemble » La Blogothèque

Au Midem (Marché international du disque et de l’édition musicale), qui s’est achevé le 30 janvier, il a été question des nouveaux outils des artistes : internet et les réseaux sociaux. Si ce marché, accorde de plus en plus d’importance aux réseaux, c’est que ces derniers sont devenus incontournables dans le secteur de la musique. Parler de la diffusion de la musique à l’heure du Web 2.0 nous fait donc aborder un sujet d’actualité en perpétuelle évolution.
Pour introduire notre sujet, il convient de définir ce que l’on entend par le Web 2.0. D’un côté, il est vu comme le basculement des techniques vers des services, de l’autre il représente un nouveau réseau d’interaction sociale. Dans les deux cas, il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres au centre de l’internet. Le web 2.0 est avant tout relationnel. L’essence du “nouveau web” réside dans ce qu’en font aujourd’hui les gens. Le web 2.0, c’est le partage de l’information, des contenus, fondé sur des bases de données ouvertes qui permettent à d’autres utilisateurs de les employer.

De son côté, la diffusion de la musique a connu de grands bouleversements ces dernières décennies. Par les transformations numériques tout d’abord, entraînant une crise du disque, la dématérialisation de la musique est aujourd’hui un fait avéré et internet est devenu le premier outil pour diffuser la musique.
Avec les évolutions du numériques, de nouveaux moyens d’écoute sont apparus, il convient alors de les distinguer afin de comprendre la mise en place de nouvelles formes de consommation. Dans les années 90, le peer-to-peer (P2P, appelé aussi téléchargement de pair à pair en français) a mis en évidence la pratique du téléchargement, qui consiste à rapatrier un fichier sur un ordinateur depuis un réseau de télécommunication afin de le consulter ou de le lire ultérieurement. A l’inverse, le streaming (ou lecture en continu), qui est apparu à cette même époque, permet la lecture quasi-immédiate d’un flux audio ou vidéo, sans téléchargement. Le streaming est à distinguer du podcasting qui permet à l’utilisateur de s’abonner à une diffusion séquentielle de fichiers multimédia (les podcasts), de sorte qu’il puisse recevoir chaque épisode au moment de sa mise à disposition et de manière automatisée. Ainsi de nombreuses radios FM proposent de s’abonner à leurs émissions, les utilisateurs pouvant les écouter en différé, soit sur un ordinateur, soit sur leur baladeur MP3. Les modes de diffusion sont donc très fragmentés, les possibilités d’écoute sur le Web se sont fortement multipliées.
Ces évolutions entrainent un changement radical des modèles économiques, des stratégies industrielles et financières des grands groupes qui investissent la toile. Le téléchargement ou l’écoute en ligne (streaming) se sont développés très rapidement, transformant totalement les habitudes d’écoute et établissant un nouveau mode de consommation de la musique.
Ces dernières années, le communautaire a pris une importance considérable dans la diffusion de la musique avec le succès de sites comme Deezer, Myspace, Facebook (800 millions de comptes actifs en janvier 20121) Twitter (100 millions de comptes actifs en décembre 20112). L’accès aux contenus musicaux est facilité. De nombreux sites proposent une solution gratuite pour l’écoute et la gestion de playlist, mais ils sont aussi de plus en plus nombreux à se doter d’offres payantes «premium».

Une relation plus directe se crée entre l’internaute et l’artiste. Il s’agit en effet de toucher les internautes et conquérir de nouveaux fans grâce au web 2.0, et notamment via les réseaux sociaux, puis de rendre ceux-ci actifs dans la promotion voire la distribution ou la co-production de la musique. Ainsi ces évolutions numériques semblent profiter aux artistes indépendants qui ont désormais de multiples possibilités de se faire entendre. C’est ce que nous a expliqué Marc-André Laporte, créateur du site Donnetamusique.com, qui est un projet personnel visant à motiver et à aider les musiciens indépendants à développer des stratégies marketings en ligne et hors ligne et sur lequel nous reviendrons.

Ainsi il nous faut étudier toutes ces nouvelles interactions qui apparaissent sur la toile, interactions entre les utilisateurs qui partagent les contenus, interaction entre les utilisateurs et les artistes. Comment le web est-il devenu un outil indispensable de diffusion de la musique? En tant qu’il entraîne une nouvelle pratique de consommation, et de promotion des artistes qui passe forcément par le Web pour être visible.

Nous verrons donc dans une première partie quels sont les nouveaux modes de consommation de la musique induits par le Web 2.0, et quelles en sont les conséquences sociales, économiques et juridiques. Puis nous nous pencherons sur la nouvelle utilisation de la toile par les artistes, et particulièrement des réseaux sociaux, pour assurer leur promotion.

LA CONSOMMATION

A - De nouvelles formes de consommation de la musique : plateformes musicales et integration aux reseaux sociaux

1.Les évolutions récentes des modes d’écoute de la musique

La montée en puissance du streaming

Dès les années 2000, avec l’arrivée de nouvelles technologies et le développement de l’ADSL, le streaming s’est développé jusqu’à devenir un standard de diffusion sur le web. Avec l’avènement du Web 2.0, le streaming se met à la portée de tous, des portails tels que Youtube, hébergeur de vidéo apparu en février 2005, peuvent insérer des fichiers MP3 ou vidéo accessibles en ligne par tous les internautes. Youtube permet désormais à tout utilisateur d’envoyer un fichier vidéo et de le partager avec les autres visiteurs. Il devient alors une véritable alternative au pair à pair avec un succès qui s’appuie essentiellement sur des fichiers postés par les utilisateurs (vidéo clips par exemple) et sur le contenu créé par les utilisateurs eux-mêmes (User Generated Content, UGC).

Les sites spécialisés se sont multipliés ces dernières années comme Jiwa, Spotify, Songza, Jamendo mais Deezer semble dominer le tableau. Le site français Deezer est devenu un site de streaming incontournable dans le paysage musical français. En décembre 2011, Deezer rassemblait 20 millions d’utilisateurs et 1,4 million d’abonnés. Deezer est lancé après la signature d’un accord avec les sociétés de droit d’auteur SACEM et SESAM, le 22 août 2007. Le site signera ensuite avec les principales Majors. Le 10 janvier 2008, Deezer lance son réseau social et entre ainsi de plein pied dans le web communautaire. Ce volet communautaire reste cependant peu mis en avant, il n’y a pas d’onglet « communauté » dans le menu principal, par exemple. L’internaute peut rechercher des membres sur des critères relativement limités (pseudo, âge, sexe, pays) et ainsi se constituer un réseau d’amis. Il peut aussi laisser un message sur le mur d’autres membres de Deezer ou utiliser la messagerie interne. Le reste des fonctions de la page de profil concerne l’utilisateur lui􀀀même : affichage de ses playlists, de ses artistes, albums et radios favoris et de ses informations personnelles. Deezer ne compte pas parmi les sites de streaming audio ayant le réseau social le plus élaboré mais il s’est posté en première ligne comme site d’écoute en ligne.

Internet est devenu la plus grande radio des temps modernes

Les smartradios et les radios thématiques se développent aussi sur la toile. L’utilisateur peut ainsi écouter une radio personnalisée concernant un artiste selon ses goûts musicaux. Last fm, créé en 2002, est un bon exemple. C’est à la fois un site de smartradios et un site communautaire. L’utilisateur indique ses artistes préférés et Last.fm lui en suggère d’autres dont le genre musical est proche. La sélection est basée sur les affinités musicales des autres internautes qui utilisent le site. On saisit alors l’importance du volet interactionnel à l’heure du Web 2.0 et le lien qui s’opère entre les logiciels et les internautes. Last.fm est caractérisé par son contenu rédactionnel riche et, surfant sur la mode des blogs et des sites communautaires, par la possibilité de participer aux conversations menées sur les différents artistes référencés. Internet est donc en passe de devenir la plus grosse radio des temps modernes.

Des évolutions rapides

Face à la multitude de sites proposants ces différentes formes d’écoutes, les évolutions du web sont très rapides; un site se ferme, un autre s’ouvre, les sites se transforment. Aujourd’hui on observe par exemple le déclin de MySpace, alors que pendant plusieurs années le site communautaire fondé en 2003 a été une vitrine pour les jeunes artistes, leur permettant de partager diverses informations personnelles et de créer un blog. Il a illustré l’importance du développement du lien social par l’écoute musicale. Mais aujourd’hui le site est peu utilisé (les profils des artistes ne sont pas toujours mis à jours), alors que Facebook, Twitter et Youtube sont très utilisés. Pourquoi ce déclin de MySpace aujourd’hui ? Il semble que le site n’a pas réussi à s’adapter aux évolutions du web et à ses nouveaux usages. De plus, MySpace est un site communautaire alors que Facebook qui s’est créé à la même période s’est positionné comme un réseau social où les utilisateurs peuvent communiquer et partager facilement des contenus entre eux. MySpace n’a pas été capable de suivre l’évolution de ses utilisateurs et s’est trouvé dans l’impossibilité de répondre à leurs besoins. La dimension interactive est donc bien au coeur de la diffusion musicale. Les sites qui fonctionnent sont ceux qui permettent la meilleure interaction entre les utilisateurs (partage de contenus, commentaires). Aujourd’hui les sites de diffusion de musique les plus performants sont ceux qui s’intègrent le mieux aux grands réseaux sociaux.

2.Une réappropriation des contenus via les réseaux sociaux

La consommation de la musique passe nécessairement par les relais sociaux

Les sites ou logiciels de streaming sont de véritables interfaces, ils proposent tous des fonctionnalités sociales, éditoriales ou commerciales : partage de contenus, recommandations de titres, achat de titres en ligne. De plus, ces sites musicaux proposent sur leur page d’accueil un lien vers les réseaux sociaux externes (Facebook, Twitter), réseaux indispensables pour diffuser la musique contenue sur ces sites. Ainsi Facebook et Twitter représentent les premiers lieux de marketing en ligne. Sur Facebook, tout le monde peut faire partager ses derniers coups de coeur musicaux sur son profil et installer des applications musicales.
Twitter est aussi un espace de dialogue et de diffusion pour les consommateurs. Le site compte en 2012 environ quatorze mille «suiveurs»3. Les sites et services liés à la diffusion de musique via son compte Twitter se multiplient et c’est un moyen d’avoir de nouveaux fans pour les artistes. On peut prendre l’exemple de la plateforme musicale américaine Songza qui s’appuie sur le réseau social de Twitter. Le site récupère les « tweets », c’est-à-dire, les minis messages échangés des utilisateurs, pour les afficher dans sa page d’accueil. Les utilisateurs sont donc fortement incités à faire un lien sur les artistes référencés sur Songza.

Quand la diffusion de la musique passe nécessairement pas le réseau social

Certains sites ne se contentent pas de proposer des liens vers les principaux réseaux sociaux mais ils s’appuient intégralement sur eux. On peut étudier le cas du site iLike: site américain fondé en 2006, racheté par Myspace à l’été 2009 et fermé en février 2012, les utilisateurs étant désormais redirigés vers le site Myspace. L’exemple de ce site est intéressant car il s’intégrait le mieux à la notion de réseau social, car non seulement il proposait un site web calqué sur ce concept, mais aussi il se déportalisait au coeur même des réseaux leaders et des logiciels : Facebook, Bebo, iTunes, Windows Media Player.
Ainsi, l’application iLike sur Facebook s’est appuyée sur les fonctionnalités intrinsèques du réseau social pour les faire évoluer et proposer des extensions : par exemple, tout membre de Facebook avait la possibilité de partager ses playlists, consulter les découvertes musicales d’autres membres, faire découvrir un artiste à son réseau de relations ou signaler sa présence à un concert. Ainsi, en s’intégrant parfaitement à Facebook, iLike est parvenu à attirer les utilisateurs là où ils étaient.

Il existe donc une multitude de sites d’écoute en ligne, ou de téléchargement qui diffusent désormais la musique. Cette diffusion est relayée par les réseaux sociaux, grâce aux utilisateurs partageants avec leurs amis leurs musiques préférées, chaque ami peut ensuite commenter, partager le contenu avec ces propres amis. Il y a donc une réappropriation des contenus musicaux de la part des internautes et la diffusion qui s’ensuit via les réseaux sociaux échappe à tout contrôle. Face à l’hyper-accessibilité et l’hyper-reproductibilité de ces contenus, il semble nécessaire d’adapter les modes de régulations et de gestion de la diffusion de la musique.

A - Quel modèle économique et juridique adopter ?

1. Le partage des contenus et le respect de la propriété intellectuelle ?

Avec la circulation des musiques sur tous les réseaux sociaux, les contenus numériques devenant hyper-reproductibles, leur circulation est sans réelles limites. Comment garantir dans le même temps la diversité de la création et la protection des droits de leurs auteurs ?

Droits d’auteurs et droits voisins

Tout d’abord il convient de voir quelle est la législation qui protège aujourd’hui les artistes. Une législation reconnait aux auteurs d’oeuvres, ainsi qu’aux interprètes, aux producteurs (vidéo et audio) et à certains médias (radios, TV), des prérogatives qui les protègent de la contrefaçon, et leur offrent une rémunération en contrepartie de la diffusion de leur travail. L’auteur, c’est-à-dire le créateur de l’oeuvre (compositeur, parolier, arrangeur), bénéficie du droit d’auteur. Ces droits ont une dimension morale : le travail des auteurs est reconnu et celui-ci jouit d’une protection permettant à l’oeuvre d’être diffusée en limitant les risques de copies non autorisées. Par exemple, les CD vierges sont soumis à la rémunération au titre de la copie privée. La rémunération pour copie privée n’est pas une «taxe» puisque ce n’est pas l’Etat qui la perçoit pour son compte, mais c’est une redevance dont le principe est prévu par la loi du 4 janvier 2001 du Code de la Propriété Intellectuelle au bénéfice des ayants droit (Auteurs, artistes et producteurs) dont les oeuvres sont copiées. Ces droit ont aussi une dimension patrimoniale : les droits patrimoniaux permettent une rémunération pour les créateurs. Les auteurs bénéficient de ces droits sans avoir à effectuer un dépôt quelconque de leur oeuvre.
En parallèle du droit des auteurs, il a été reconnu des droits à d’autres catégories de professionnels dont l’activité est associée à la création : il s’agit des artistesinterprètes, des producteurs de vidéogrammes et de phonogrammes, ainsi que des organismes de radiodiffusion et de télédiffusion. Comme les droits d’auteur, ces droits voisins se composent de deux volets : un droit moral et des droits patrimoniaux, mais la protection conférée par les droits voisins est différente de celle conférée par les droits d’auteurs et s’exerce indépendamment et sans préjudice des droits reconnus aux auteurs.
Face aux évolutions numériques, le respect de ces droits est mis à mal: les copies non autorisées se multiplient (non respect du droit moral) et les créateurs peinent donc à se rémunérer (non respect du droit patrimonial). La gestion des droits numériques (Digital Rights Management - DRM ) intervient alors afin de contrôler par des mesures techniques de protection, l’utilisation qui est faite des oeuvres numériques. Ces dispositifs peuvent s’appliquer à tous types de supports numériques physiques (disques, DVD, Blu-ray, logiciels…) ou de transmission (Internet…) grâce à un système d’accès conditionnel. Ces dispositifs techniques peuvent par exemple restreindre la lecture du support à un constructeur ou vendeur afin de bloquer la concurrence (technique d’Itunes), restreindre ou empêcher la copie privée du support (transfert vers un appareil externe). Mais ces mesures technologiques provoquent le débat, en effet elles peuvent restreindre la lecture des oeuvres, au seul équipement certifié par le diffuseur (les dispositifs concurrents pouvant être incompatibles entre eux). Ce sont des normes adoptées sur le plan international par les diffuseurs et elles se révèlent parfois délicates à mettre en oeuvre face aux spécificités du droit local (notamment sur la question du dépôt légal). En associant de façon obligatoire, tel éditeur de produit avec tel éditeur de contenus, elles sont souvent accusées d’engendrer des situations de monopoles et de non concurrence. Ainsi les mesures adoptées par l’industrie du disque pour s’adapter aux évolutions numériques ne font pas l’unanimité. Aujourd’hui une nouvelle tendance apparaît, les DRM (dont les systèmes anti-copies font partie), après avoir été si longtemps défendus par les industries du disque, semblent être dépassés. Ainsi, comme l’ont testé la Major EMI et Apple durant le mois de janvier 20124, les morceaux sans DRM se sont vendus dix fois mieux que les mêmes morceaux protégés. Ainsi les mesures de protection adoptées sont aussi très évolutives et doivent s’adapter aux lois du marché.

Les sanctions à l’heure du Web 2.0

Alors que la musique circule très vite et que les contenus sont partagés par les internautes, les téléchargements de musique illégaux se développent. Pour faire face à ce problème, des mesures de contrôle sont prises, on peut prendre pour exemple la fermeture récente du premier site de téléchargement Megaupload, et des autorités de régulation sont mises en place. Ainsi la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) a été instituée par la loi du 12 juin 2009 et ses missions sont définies dans le Code de la propriété intellectuelle. Elle vise à encourager le développement de l’offre légale, elle protège les oeuvres à l’égard des actes de contrefaçon en ligne et régule l’usage des mesures techniques de protection et d’information. La loi Hadopi pose un cadre réglementaire et met notamment en place un système de riposte graduée. Par exemple, un internaute qui télécharge illégalement des contenus musicaux reçoit un premier avertissement, puis d’autres s’il continue, aboutissant à la suspension de son abonnement Internet s’il poursuit ses activités illicites sur le Web. Hadopi est à la fois outil de sanction mais aussi d’accompagnement, puisqu’elle aide l’internaute dans ces démarches, l’informant de ces droits, elle contribue ainsi à respecter les droits d’auteur.
Dans le cadre de la lutte contre le piratage, on peut aussi citer deux projets de loi américains SOPA, the Stop Online Piracy Act couplé à PIPA Protect IP Act (PIPA). Ces deux textes prévoient de faciliter largement le blocage de tous les sites considérés comme portant atteinte aux droits d’auteur. Ainsi toute personne jugeant que ses droits ne sont pas respectés pourrait faire bloquer le site en question, par une procédure simplifiée, sans passer par un juge. L’objectif de ces projets de loi est d’empêcher le piratage numérique ainsi que de contrôler strictement la diffusion des contenus sur Internet. Mais ces deux projets de loi sont vivement critiqués car ils constituent une menace majeure pour les droits sur le net et la liberté d’expression en censurant tout site qui aurait commis une violation du droit d’auteur. C’est une menace pour les sites communautaires qui diffusent la musique.
Ainsi il est nécessaire de se doter d’outils de régulations face à la circulation illimitée des contenus. Mais la question de l’établissement de ces règles reste problématique : jusqu’où doit-on censurer? Internet doit rester un espace de partage et d’échange. De plus en plus, la justice demande au fournisseur d’accès internet de jouer ce rôle de censeur. Pour exemple, la justice danoise a demandé en février 2012 à l’un des fournisseurs d’accès internet du pays de bloquer le site Grooveshark accusé d’avoir mis à disposition des utilisateurs des contenus musicaux en streaming sans autorisation. La plate-forme Grooveshark est un service qui propose d’écouter en ligne de la musique en streaming, de même que Deezer ou Spotify, le site permet de constituer gratuitement des listes de lectures mais également de souscrire à un abonnement payant pour neuf dollars par mois. De même, Grooveshark accorde une grande liberté à l’utilisateur puisqu’aucune limite de la durée d’écoute n’est imposée. Cet épisode judicaire accusant directement Grooveshark n’est pas le premier du genre. En juillet 2011, des ayants droit américains avaient déjà attaqué le service sur le motif qu’il n’avaient signé aucun accord de diffusion entre eux et la plate-forme. Ainsi la mise à disposition des contenus en ligne doit être mieux surveillée afin de protéger les droits d’auteur mais aussi la rémunération des auteurs. En effet les internautes ont de plus en plus cette illusion de gratuité qui ne leur permet pas de saisir la propriété intellectuelle qui est en jeu derrière l’oeuvre musicale, ni de prendre conscience du fait que les producteurs du contenu musical doit se rémunérer.

2. L’économie de l’industrie musicale à l’heure du Web 2.0

La rémunération des acteurs dans les nouveaux modes de distribution de la musique

La rémunération des artistes n’est pas évidente dans ce nouveau système. L’accès aisé aux contenus pour les consommateurs donne une illusion de gratuité qui est néfaste aux producteurs de contenu : ce n’est pas parce qu’un artiste est diffusé sur YouTube, Spotify ou Deezer qu’il gagnera de l’argent. Il n’y a pas de règle concernant la rémunération et chaque cas est particulier. D’une manière générale la rémunération des artistes et des professions associées dépend du mode de distribution de la musique. Il existe trois façons de distribuer sur le Web:

- La distribution directe :
Elle consiste à négocier en direct et par site l’acquisition, la livraison des fichiers musicaux et les conditions de rémunération. Cette distribution directe permet d’être plus réactif et permet aux labels de négocier leurs propres taux. Mais pour être disponibles partout, les labels doivent ainsi négocier partout. Il semble que seuls les gros labels et les majors ont un intérêt à choisir cette solution pour peser sur les points de vente. Cependant, de plus en plus de petits labels travaillent déjà en direct avec des sites spécialisés comme Beatport. Depuis ces dernières années les plateformes de musique ont amélioré leurs modes de publication, la gestion administrative des ayant-droits, ainsi que leurs programmes marketing afin de pouvoir traiter avec de plus en plus d’interlocuteurs. Et du côté des labels indépendants, beaucoup commencent à s’adapter avec succès au marché numérique et traitent efficacement en direct avec les services de musique. Ils s’appuient sur des solutions logistiques externes agréées par les plateformes et sur l’accès direct aux réseaux sociaux offert par ces dernières.

- L’agrégation :
Les agrégateurs se chargent de commercialiser la musique numérique auprès du grand public. Ils signent avec chaque plateforme pour distribuer la musique du label qui paye ce service. L’agrégateur se rémunère sur les frais de mise en ligne et par un pourcentage des revenus générés. CD Baby, Zimbalam, Dittomusic sont des exemples de sites d’agrégation. C’est une solution abordable pour les petits labels et les autoproductions. Grâce à ce système les contenus sont ainsi mis en vente rapidement sur tous les sites, mais la vente n’est pas pour autant garantie.

- Les distributeurs digitaux :
En plus du travail d’agrégateur, le distributeur propose des services, il peut mettre en avant un titre et le rendre plus visible. Sa rémunération est, comme pour la distribution physique, basée sur un pourcentage des revenus générés par les ventes. On peut prendre pour exemple Believe Digital ou The Orchard. Il s’agit d’une solution idéale pour les labels ayant un catalogue conséquent ou des projets ayant un potentiel commercial fort.

Avec le nouveau modèle de distribution l’effort de distribution porte donc sur la visibilité de l’artiste. Enfin, on se rend compte par ces différents types de distribution que l’émergence d’un marché digital marque une passation de pouvoir entre les créateurs de contenus (labels) et les relais numériques (plateformes musicales). Le contrôle du prix, du marché et des conditions est désormais du côté des relais sur le web et n’est plus du côté des producteurs de contenus. On peut donc dire que la distribution digitale, c’est le chainon entre les labels et les sites de ventes en ligne. Avec ces nouveaux modes de vente ou d’écoute en ligne, quel modèle économique viable peut donc se mettre en place à l’heure du Web 2.0 ?

Un nouveau modèle économique

Les frontières entre producteurs et consommateurs se sont déplacées, ces derniers s’appropriant vite et facilement les contenus disponibles en ligne. Un nouvel équilibre entre l’offre et la demande se met en place. Les producteurs de contenus et les plateformes doivent trouver la meilleure solution pour que leur activité reste viable. Un modèle économique de musique en ligne s’est formé. D’une part, il existe un modèle gratuit (streaming, téléchargement gratuit) et d’autre part un modèle payant (streaming et téléchargement payants).
Pour le modèle payant, la vente unitaire (téléchargement payant) n’a pas vraiment décollé dans les années 2000 avec les nouvelles plates-formes telles que Virginmega ou Fnacmusic. C’est grâce à iTunes couplée avec les iPod et le prix psychologique de 0,99 euro que l’achat en un clic a fait décoller le modèle de la vente. Il existe aussi un modèle de téléchargement par abonnement (l’abonné peut télécharger par mois un nombre x de fichiers.) ainsi que de téléchargement avec limitation (l’utilisateur télécharge un fichier son qui sera lu pendant une durée limitée par contrat). Parallèlement à ce modèle payant, pendant plusieurs années s’est développé un modèle proposant un accès illimité à la musique en ligne (streaming) comme nous l’avons vu précédemment, ce modèle reposant sur un financement publicitaire. Mais la publicité ne génère pas des recettes assez conséquentes pour rémunérer les artistes. A la croisée des modèles, l’abonnement à l’accès illimité semble être une perspective commerciale d’avenir, combinant une faible dépense pour le consommateur mais un apport régulier pour la filière musicale en amont, ce modèle permettant une liberté d’accès et d’écoute. Cependant les inscriptions payantes aux sites de streaming ne génèrent pas encore assez de recettes. L’offre légale semble ne pas encore être totalement séduisante pour les consommateurs. Dans une étude de 2011 baptisée «Digital Natives : the generation that music product strategy forgot», le cabinet Forrester (compagnie de recherche et d’analyse technologique) estime qu’uniquement 10 % des consommateurs d’Europe téléchargent légalement du contenu musical.

Ainsi l’industrie musicale via le Web cherche encore ses modes de financement et de fonctionnement. Ces différents modes de consommation musicale découlent d’une logique d’interopérabilité des logiciels qui est au coeur du développement de Web2.0, car c’est par l’association des logiques d’entreprises à des logiques communautaires, que la diffusion de la musique se réalise aujourd’hui.

Nous avons donc vu les nouveaux modes de consommation musicale entrainés par l’émergence de nouvelles interactions sur le Web. Les réseaux sociaux et les plateformes musicales constituent le moyen privilégié d’écoute de musique mais ils sont aussi les premiers relais de diffusion de la musique, ils deviennent de véritables outils pour l’artiste pouvant ainsi assurer sa promotion directement sur le Web en établissant des liens avec les internautes. C’est sur cette promotion que nous allons nous pencher dans une seconde partie.

LA PROMOTION

A - Réseaux sociaux, outils principaux des artistes

1. Plateforme de lancement

Le buzz

Le lancement d’un artiste et de ses produits se fait principalement sur une page fan Facebook et par la publication de vidéos ou la création d’une chaine sur YouTube : Facebook et YouTube sont les deux réseaux par excellence qui permettent à de jeunes artistes d’être accessibles au public. Des groupes comme Soulja Boy ou Esmée Denters ou des artistes solo comme MattRach, Justin Bieber, Greyson Chance ou Ronald Jenkees se sont fait connaître grâce à YouTube. Plusieurs utilisateurs, via leur chaîne, ont réussi à franchir la barre symbolique des 1 milliards de vues et même des 2 milliards, à l’instar de Lady Gaga et Justin Bieber. Ces artistes se sont démarqués surtout parce qu’ils ont été originaux dès la première publication, et c’est ainsi qu’ils ont poussé les internautes à revenir.
Si l’artiste parvient en effet à se démarquer très rapidement, être vu le plus possible tout en impliquant les consommateurs , c’est un buzz : sa contribution YouTube va être reprise et commentée sur les blogs. Le buzz se caractérise ainsi par une montée de l’audience large et rapide, particulièrement sur les réseaux sociaux. On évalue son ampleur selon le nombre de visionnages d’une vidéo, de fans sur les réseaux sociaux ou encore de résultats pour une requête sur un moteur de recherche.

Le buzz est nourri par l’effet de relais opéré par les autres réseaux sociaux

Il existe une multitude de réseaux sociaux, chacun développant sa spécialité; la vidéo pour YouTube, l’image pour Flickr, le tweet pour Tweeter ou le blog par exemple. Tous ces réseaux fonctionnent pour et par le partage. C’est ainsi qu’ils sont à l’origine ou contribuent à alimenter un buzz. Nous verrons deux types de réseaux sociaux particulièrement influents en ce qui concerne la musique.

- Les blogs
Un blog est un site personnel, un espace individuel d’expression dans lequel le bloggeur publie régulièrement des notes ou des articles agglomérés au fil du temps sur un sujet donné.
Marc André Laporte, auteur du site donnetamusique.com, fait la proposition suivante dans son ouvrage téléchargeable gratuitement 1000 choses à faire pour réussir sa stratégie musicale 2.0 : « Il ne faut pas sous-estimer la puissance des bloggeurs. Qu’on le veuille ou non, ce sont les leaders d’opinions pour votre clientèle qui se retrouve sur le web. Depuis quelques années, ils sont devenus aussi importants que les médias traditionnels ». Si 40% des bloggeurs se considèrent comme professionnels6, leur puissance est d’autant plus importante que ce qu’ils expriment est particulièrement pris en compte par les internautes et même relayé par les « blog aggregators », comme The Hype machine, Elbows et Boogie4us. Ce sont des réseaux sociaux qui collectionnent les écrits des bloggeurs et essaient de refléter fidèlement les tendances musicales du moment, présentent et analysent ce dont les bloggeurs discutent. Ainsi, ces sites permettent de saisir facilement l’opinion des bloggeurs, rassemblée sur une seule et unique plateforme.

- Les sites de partage en temps réel
Pour reprendre les Beatles, Musique, partage « sont deux mots qui vont très bien ensemble ». Comment le partage conduit-il à faire connaître les artistes ? Les internautes, en partageant avec leurs amis/abonnés ce qu’ils écoutent en temps réel, contribuent à relayer la promotion engagée par les artistes eux-mêmes. Si la relation avec un artiste est directe, via YouTube par exemple, et que les internautes apprécient ses chansons, ils seront d’autant plus enclins à partager sa musique. Le réseau social Soundtracking, lancé en 2011, est un bon exemple : c’est une application mobile, qui permet de partager la musique que le consommateur écoute en temps réel. Steve Jang, son créateur, évoque les interactions que le site crée: « Exemple : vous êtes dans un bar le soir, vous entendez une chanson qui décrit parfaitement le moment que vous êtes en train de vivre, vous sortez votre iPhone, et (…) SoundTracking reconnait la chanson et vous permet de la partager directement avec vos amis (…). Avec SoundTracking, on peut voir le flux de ce que quelqu’un partage, comme un journal intime musical. » Car l’application est parfaitement intégrée aux autres réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook par exemple : à chaque partage d’un titre, l’application retrouve le compte Twitter de l’artiste et en fait mention. « On a testé ça avec les Smashing Pumpkins [groupe de rock alternatif américain]. Ils ont été très étonnés de voir le nombre de personnes qui les citaient à travers SoundTracking. De plus, cela donne un contexte à l’écoute d’un titre et les artistes apprécient de savoir non seulement qui écoute leur musique, mais aussi les circonstances. ». Les sites de partage en temps réel permettent donc une relation plus personnalisée entre le fan et l’artiste.

Pour faire un buzz, la vidéo est indispensable, elle permet d’attirer rapidement l’attention des internautes. Mais pour fidéliser les consommateurs, la nouvelle tendance est dans les visuels simples et plus légers, comme l’édition deluxe du dernier album du groupe américain Bon Iver, sorti en 2011. Selon Virginie Berger, fondatrice de DBTH (Don’t believe the hype), agence française en stratégie qui propose accompagnement et développement d’artistes, professionnels de la musique, médias et industrie créative, ces vidéos sont incontournables. En effet, si à première vue, ces elles ont l’air endormantes et inutiles, elles accompagnent la chanson et, à la différence du clip, elles traduisent en image l’authenticité de l’oeuvre, ou des émotions qui s’y rattachent. Ces vidéos correspondent à la nécessité de développer toutes les stratégies possibles afin, non plus d’attirer l’attention des consommateurs, comme pour la vidéo buzz, mais de fidéliser les consommateurs.

2. Plateforme de fidélisation

Pour les artistes plus connus, les réseaux sociaux servent plutôt à entretenir une relation étroite avec le public.

Facebook, principale vitrine des nouveautés musicales...

Pour répondre aux besoins des artistes et leur apporter de nouveaux outils, RootMusic a étudié le comportement des Top 250 artistes sur Internet : quels outils utilisent-ils, quelle est leur stratégie, comment utilisent-ils Facebook ? Il arrive à la conclusion selon laquelle la catégorie Musique est extrêmement populaire sur Facebook. Parmi les mille premières pages sur la plate-forme, les plus utilisées sont des pages artistes: ils s’en servent pour fidéliser leurs fans en leur annonçant les nouveautés. Parmi les explications de Virginie Berger sur son site DBTH, nous avons retenu deux points importants. D’une part, « de plus en plus d’artistes utilisent Facebook pour s’engager avec les fans, surtout en tournée ». En effet, pour annoncer leurs titres et dates de tournées, 89% des artistes utilisent une application musique comme BandPage (application expliquée plus loin dans le développement), ou pendant la tournée, la plupart des artistes s’en servent en tant que plateforme de partage avec les fans. Et d’autre part, « la plupart des tops artistes sur Facebook publient des messages, des nouveaux contenus sur la page FB au moins une fois par semaine ». En effet, seule la régularité de l’artiste peut lui permettre d’apparaître sur le mur de ses fans/amis: Facebook n’affiche pas tout ce qu’il se passe mais tout ce qui semble intéresser l’utilisateur.
Non seulement Facebook est la principale vitrine des artistes, mais il est aussi le principal outil du « direct to fans ».

...renforcée par des partenariats avec certaines startups de la musique

Les partenaires sont des sociétés comme RootMusic ou Nimbit qui fournissent aux artistes des applications musicales qui permettent de personnaliser leur profil, d’y ajouter un lecteur audio ou vidéo, des flux d’information ou d’annoncer les concerts, sur une seule et unique page. Ce business model est appelé « direct to fan » et consiste, pour un artiste, à créer un lien direct avec ses fans que ce soit pour favoriser l’échange, le partage d’information ou la vente de musique. Facebook utilise plusieurs types de partenariats afin de développer ce modèle de « direct to fan ». Le partenariat avec RootMusic permet d’intégrer l’écoute sur la page fan d’un artiste. En effet, la startup fondée en 2009 par J. Sider développe sur Facebook l’application musicale BandPage. L’application se greffe sur une page fan : contrairement à une page fan classique, elle propose un onglet musique intégrant un lecteur (player), et permet ainsi aux artistes de personnaliser leur page Facebook. Bandpage utilise notamment le lecteur de SoundCloud. Créé en 2008 par Alex Ljung et Eric Wahlforss, SoundCloud permet à chacun d’enregistrer ses propres créations, poster ses créations musicales, pour enfin les partager avec les autres internautes. Si, selon Télérama, « SoundCloud est au son ce que Youtube est à la vidéo », l’intégration de ce nouveau réseau social sur Facebook représente un enjeu considérable pour la promotion des artistes via leur Bandpage.

Quant au partenariat avec Nimbit, il permet à un artiste de vendre sur la page fan. La société Nimbit est un des leaders du « direct to fan » et a été créée en 2002 par Phil Antoniades et Patrick Faucher. Elle offre sur Facebook l’application Mystore, qui greffe sur la fan page d’un artiste une « boutique » susceptible de vendre aussi bien de la musique que des tickets de concerts ou des T-shirts.

Qu’est-ce que l’intégration de starts up tels que Nimbit et Rootmusic sur Facebook apporte de plus qu’ITunes? Le lien direct avec les fans, que l’on pourrait appeler Fancasting, par opposition au Broadcasting, et l’assurance d’une grande visibilité, due au fait que Facebook soit devenu le plus grand réseau social. Plus largement, les réseaux sociaux permettent donc d’une part, de percer et d’autre part, d’entamer une relation avec le public. Néanmoins, ces réseaux sociaux rendent incontournable l’élaboration d’une stratégie de marketing du web 2.0, qui peut être soutenue par des coachs.

B - Maitriser les outils du web : le développement de stratégies numériques

Selon Brian Solis, analyste américain : « Le futur des médias sociaux est défini par l’expérience partagée, pas uniquement par le partage de l’expérience ». En d’autres termes, il ne suffit pas d’utiliser les réseaux pour se faire connaitre, il faut aller plus loin. Le mot d’ordre, c’est l’interaction. Le moyen, c’est l’implication ses fans.

1. Les enjeux de la stratégie web

Stratégie : personnaliser sa communication

- Impliquer les fans L’enjeu pour un artiste qui veut se faire connaître, c’est d’inspirer, d’exciter, et d’aller convaincre les fans d’interagir et de participer. Selon Renaud Skalli, auteur de l’article « Topspin ou le retour vers le futur… » sur le site de Virginie Berger, l’artiste doit parvenir à créer son « univers propre (son site internet la plupart du temps) sur lequel les gens viennent et reviennent et depuis lequel ils peuvent tout faire: collecter de l’information, écouter des titres gratuits, acheter les produits artistiques de l’artiste s’il en ont envie, communiquer avec lui ».
Selon Marc André Laporte (auteur du site Donnetamusique) il est nécessaire que l’artiste fasse participer les fans, par exemple en organisant des concours (de remix, photos, affiches, vidéos…) pour les inciter à revenir sur son site. Cette première étape d’implication des fans permet d’entamer une première interaction qu’il faudra ensuite entretenir.

- Entretenir l’interaction avec les fans et les professionnels L’artiste doit établir l’implication des internautes dans la continuité et se doit donc d’être régulier, engageant, professionnel. Les deux cent cinquante artistes qui ont le plus de fans sur Facebook postent un message 1,6 fois par jour sur Facebook.
L’artiste doit donc savoir répondre aux professionnels et aux gens, comprendre et bien cibler la « base fan», créer des tactiques innovantes et effectives, proposer des photos, musiques, clips de qualité et qui reflètent réellement le travail des artistes. Pour Marc André Laporte, « le mot magique pour décrire votre présence sur le net : OMNIPRESENCE »

Recours à des acteurs extérieurs

Afin de pouvoir répondre aux exigences de communication et de stratégie numérique nécessaires à la promotion de l’artiste, celui ci à de plus en plus recours à des acteurs extérieurs, comme des agences et des coachs.

Selon Grégoire Poussielgue, dans un article des Echos daté du 3 février 2012, « La concurrence est devenue rude sur la Toile, tant l’offre est pléthorique. Dans ce paysage musical en pleine mutation, un nouveau métier est en train d’émerger : des coachs sont désormais là pour aider les artistes à se faire un nom dans le monde virtuel ». Au delà des outils et stratégies que les différentes agences proposent, ces dernières développent une plate forme de “direct to fans sale” : selon l’Atelier Français « il s’agit de plateformes logicielles qui s’intègrent sur les sites des artistes et gèrent les interactions avec leurs fans (newsletters, emails, toutes les communications marketing et commerciales) ». Ce type de plateforme permet de vendre directement du contenu (musique, merchandising, places de concerts, etc.) à un public intéressé. Ainsi l’agence de marketing et de communication Topspin Media propose depuis 2008 aux musiciens ses services en terme de stratégie digitale. Une autre agence de communication, la startup Wizee, créée en décembre 2010 par deux jeunes entrepreneurs du web, Mikael Outmezguine et Cyril Paglino, va utiliser les réseaux sociaux sur deux volets.

D’une part, elle développe pour les artistes des outils de direct to fan. En effet, l’entreprise gère la stratégie web de l’artiste en lui créant un site, qui va ainsi constituer une plateforme unique, rassemblant les comptes des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter etc, ainsi que l’espace de vente en ligne des artistes. L’agence peut donc développer une stratégie numérique globale, qui gère la présence des artistes sur l’ensemble du web 2.0.

D’autre part, Wizee va analyser la « base fan » (âge, provenance des fans, par exemple) des artistes sur les réseaux sociaux. Cela va lui permettre d’identifier les célébrités qui correspondent aux campagnes de publicité de certaines marques et ainsi, de les mettre en relation. Ce volet montre que les marques considèrent les réseaux sociaux comme étant les meilleurs espaces de diffusion de leurs produits. Et le fait que les artistes 2.0 aient une telle influence sur les internautes, fait d’eux une cible privilégiée pour les marques.

Si la promotion de l’artiste passe inévitablement par les réseaux sociaux, il devra avoir recours à des agences spécialisées en terme de stratégie du web et de la communication, qui à l’instar de Wizee, peuvent aussi les mettre en relation avec de grandes marques et ainsi, leur offrir des opportunités de financement.

Si ce genre d’agence accompagne la carrière des artistes, quelle est la place des maisons de disques dans le suivi des artistes ? Quelles sont désormais les relations entre les réseaux sociaux et les maisons de disque ? Les deux structures sont-elles complémentaires ? Ou est-ce qu’avec le soutien d’agences de communication, les artistes peuvent s’appuyer uniquement sur les réseaux sociaux ?

2. Perspectives de changement : les réseaux sociaux et les maisons de disques

La promotion par les internautes et l’utilisation des réseaux sociaux par les artistes permettent elles de remplacer entièrement le rôle des maisons de disque ?

Réseaux sociaux, un rôle de repérage

Les réseaux sociaux ne parviendraient pas aujourd’hui à remplacer totalement le rôle des maisons de disque. Ils ne pourraient traiter qu’une étape du processus de « production » d’un artiste, le repérage, alors que l’étape de diffusion serait réservée à l’industrie du disque.

D’une part, les fonds dont disposent les maisons de disque représentent leur principal atout : « Une maison de disque est inévitable pour permettre à un artiste de passer de 10 000 à 100 000 ventes, car ils ont des moyens que nous n’avons pas », explique Tanguy Damois, cofondateur de Wa, agence de communication qui accompagne les artistes.

D’autre part, selon Virginie Berger, pour un musicien indépendant, laisser tomber le format CD en 2012 serait une grosse erreur. « Le CD est sa porte d’entrée, sa carte d’affaires. C’est une présence physique qui se retrouvera dans plusieurs foyers, qu’il soit acheté ou obtenu gratuitement. »

Si les maisons de disque ne disparaissent pas, c’est parce qu’elles se partagent le marché de la musique avec les réseaux sociaux, en se concentrant sur la diffusion. Par exemple le réseau social Noomiz, créé en janvier 2010 par Antoine El Iman et Thomas Artiguebieille, est gratuit pour les jeunes artistes, qui peuvent poster leur musique gratuitement, et il est aussi gratuit pour le public, qui partage la musique et soutient les artistes de son choix. En revanche, il vend aux maisons de disque un outil de détection qui permet de repérer ceux qui sont les plus écoutés et les plus appréciés. Noomiz, comprenant vingt mille inscrits en 20128, est donc une interface entre les artistes et les industries. C’est ce qui a permis le scénario Margaux Avril, la chanteuse française de pop de vingt ans a fait le tour du web à la fin du mois de novembre dernier et dès début 2012 elle a été contactée par les maisons de disque.

Les réseaux sociaux, des substituts aux maisons de disque ?

Les offres marketing sont donc de plus en plus spécifiques à chaque artiste. Les réseaux sociaux, de par leur potentiel à repérer et promouvoir les artistes, pourraient-ils, à moyen terme, se substituer au système actuel des maisons de disque ? - Se priver des maisons de disque, un privilège réservé aux artistes établis ? Certains artistes de renom se sont distingués en faisant le choix de se passer du monde du disque.

Ainsi le groupe de rock anglais Radiohead, qui a sorti son album In Rainbows en 2007, se démarque surtout par ses innovations marketing : le prix est décidé par l’acheteur, il n’y a aucun intermédiaire, et les transactions ainsi que les téléchargements sont pris en charge directement par Radiohead.

L’exemple du chanteur de folk, l’américain Sufjan Steven, avec son album All Delighted People EP est également marquant. Le 20 Août 2010, Sufjan Stevens met son album All Delighted People EP en vente sur Bandcamp, une plateforme de vente de musique en ligne. Son album est disponible en streaming gratuit ainsi qu’en téléchargement, à cinq dollars. En parallèle, l’artiste publie à ses abonnés Twitter et Facebook le lien d’une newsletter en ligne sur son site, afin d’annoncer la disponibilité de son album. En un week-end, Bandcamp annonce que Sufjan Stevens a vendu plus de dix mille albums.

On remarque avec ces exemples l’influence considérable qu’ont les réseaux sociaux dans le succès de l’album. Selon l’avis des labels et des maisons de disques ce type d’expérience serait réservé à quelques artistes très connus, et les musiciens moins célèbres ne seraient pas en mesure d’appliquer ce type de marketing.

- Les réseaux sociaux, de la promotion à la production Or en réalité, même des artistes émergents sont parvenus à se passer de l’industrie du disque tout en assurant le succès de leur produit. Par exemple, en 2008, un groupe de rock canadien plutôt inconnu à l’époque, sort son album Fantasies sur internet. Il rencontre un tel succès qu’il bénéficie en quelques semaines de revenus supérieurs à ce qu’il avait gagné durant les quatre années précédentes. Là aussi, le groupe s’est particulièrement axé sur les réseaux sociaux et a utilisé des moyens innovants : par exemple, n’importe qui pouvait bénéficier de contenus gratuits en échange d’un simple e-mail.

Grâce au relais qu’opèrent les réseaux sociaux, les artistes ont les moyens de maitriser toute la chaine, de la promotion à la diffusion en passant par la production. Ainsi, le label musical communautaire My Major Company, créé en 2007 par Michael Goldman, Sevan Barsikian et Anthony Marciano, se constitue en véritable société de production communautaire. Son principe réside dans l’achat, par les internautes, de « parts de contribution » dans un projet d’album, remplissant entièrement le rôle de producteur traditionnellement attribué à l’industrie du disque.

Ainsi nous avons vu dans cette seconde partie comment les réseaux sociaux s’érigent en principal outil de promotion pour un artiste, à court terme à travers le buzz, puis à long terme, à travers la fidélisation des fans principalement via Facebook. L’utilisation des réseaux sociaux doit pourtant pouvoir être maitrisée afin de mettre en valeur les opportunités qu’ils peuvent générer : l’artiste doit impliquer ses fans et entretenir l’interaction avec les internautes en général, qu’ils soient consommateurs ou professionnels. Cette exigence implique la nécessité de pouvoir développer une véritable stratégie web, que seules des agences spécialisées peuvent élaborer. Enfin, le monopole des réseaux sociaux dans la sphère musicale remet en cause le rôle traditionnel des maisons de disques, qui se voient forcées à la réadaptation. Celle ci passe par la concentration sur la diffusion et laisse le repérage aux réseaux sociaux. Mais dans le cas de certains artistes, les maisons de disques ne sont même plus sollicitées, les artistes, avec l’aide de leurs fans, gérant eux même leur développement de la diffusion à la production.

Conclusion

Ainsi le Web 2.0 est un enjeu fondamental dans l’évolution de la diffusion de la musique. Non seulement cette diffusion prend appui sur les nouveaux outils du Web 2.0, mais elle est aussi devenue dépendante de ces mêmes outils. Désormais l’industrie de la musique se pense en termes de stratégies numériques. Les artistes doivent être présents sur le Web, qui est devenu le principal espace musical.

En parallèle s’est développé avec le Web 2.0 une dimension plus interactive, l’écoute de la musique n’est plus individuelle (on écoutait son disque chez soi), car désormais, on fait partager (via les réseaux sociaux) au plus grand nombre les musiques que l’on écoute sur les plateformes de musique. Ainsi, ce sont aujourd’hui les réseaux sociaux qui sont devenus les premiers relais de diffusion de la musique, et sont donc aussi pour les artistes, un moyen de se faire connaître. Le rapprochement de l’artiste et des fans aujourd’hui est par conséquent extrêmement important.

L’industrie de la musique est en pleine mutation et doit être à l’écoute des évolutions rapides du Web. Désormais, même les majors préfèrent, avant de signer un contrat avec un artiste en développement, qu’il se soit promu sur Internet. Ainsi pour tous les artistes inconnus et les labels indépendants, c’est une révolution qui leur permet d’exister.

Mais est-ce une révolution durable? Le «phénomène Lana Del Rey» est l’exemple type d’un artiste du Web 2.0 : le succès de la jeune chanteuse américaine débute en 2011 sur les blogs spécialisés, elle connaît ensuite une ascension fulgurante, qui s’essouffle déjà au bout de quelques mois. De nombreuses questions restent en suspens car les évolutions du Web sont rapides, et le succès des artistes 2.0 semble lui aussi soumis à cette fluctuation. Ainsi, le monde de la musique est un processus instable qui est en perpétuelle évolution.